LA PILE

Fin mai, l’administration annonçait une pléthore de projets immobiliers, nombreux ne respectant pas le zonage actuel quant au nombre d’étages permis. Qu’à cela ne tienne, on passe à l’action et vite! Des séances de consultations publiques se sont tenues du 28 mai au 16 juin. Suite à cela, les gens avaient 3 jours pour se prononcer, contrairement aux 7 jours habituels. C’est ainsi que le 2 juillet, dernière séance du Conseil avant l’été, tous les règlements ont été modifiés ce qui a permis de « sauver du temps » selon le Maire de Québec.

On coupe de plus de la moitié la durée de la consultation citoyenne. 3 jours. À titre de comparaison, le service des ordures m’a demandé de patienter jusqu’à 20 jours ouvrables pour leur permettre de vérifier et de remplacer mon bac à ordures abimé par leur service qui, entretemps, refuse de ramasser mes sacs au bord du chemin.

3 jours pour s’organiser face à des projets qui vont défigurer le paysage pour toujours.

Je marche régulièrement sur l’avenue Myrand et un énorme complexe d’habitation a vu le jour sur les anciens terrains de Télé-4. Un projet de 6 étages que j’appelle le monolithe et qui détonne avec les immeubles à appartements avoisinant et bloque toute vue aux pauvres maisons qui lui font face. Et tout ça, sans compter le désagrément d’un chantier qui dure depuis au moins 2 ans.

Que vaut maintenant un bungalow avec cette vue? On m’interrompt.

-Vous n’avez pas honte d’occuper à vous seul de 7000 à 10 000 pieds carrés, sale égoïste? Avez-vous pensé à notre planète? Et la pollution associée aux déplacements?

C’est drôle, j’ai un sentiment étrange. Vous savez, la cabale anti-automobile au profit des vélos? La cabale de la pile de logements me donne la même impression. Isoler les bungalows, les sortir des rues passantes et remplacer ceux-ci par des étages et des étages de nouvelles taxes municipales.

Car c’est ça le nerf de la guerre : rentabiliser au maximum le territoire en hauteur. Sur chemin Sainte-Foy, chez-moi, je vois les développements immobiliers sur l’ancien territoire du Collège Bellevue. Des bâtiments hauts et très en bordure du chemin. Tout s’empile et de façon peu élégante. Un jour, l’administration s’attaquera aux propriétaires de maisons unifamiliales, évoquant une inéquité par rapport aux tours d’habitation. On nous taxera à fort prix pour notre lopin de terre ou on nous expropriera, probablement avec juste 3 jours pour contester!

Depuis 10 ans, des monstres se sont érigés, ne tenant aucunement compte de la trame urbaine, le tout fait à la hâte… juste parce que c’est payant.

Je suis pour le développement immobilier mais de façon décentralisée ou à tout le moins, dans le cadre de réelles consultations avec d’abord ceux et celles touchés en première ligne. Il faut arrêter d’entretenir le mythe du centre-ville et décentraliser la construction. On doit répartir les pôles économiques pour créer la grande ville aérée de Québec. Les gens ont besoin d’espace.

Prenez conscience de la façon dont les grands projets se réalisent à Québec. Sinon, bien plus tôt que vous ne le croyez, ça se passera dans votre cour et vous n’aurez absolument rien à dire.

En attendant, pour paraphraser Elvis Gratton : Avec Marchand à l’Hôtel de Ville, m’a l’avoir mon dézonage pour mes 20 étages! Yeah !!!