PÈRE, PARDONNEZ-LEUR…

Dans ma carrière de publicitaire, j’ai connu un nombre important de gens proches du pouvoir, que ce soit au fédéral, au provincial ou au municipal. Évidemment, on discute de politique et comme simple citoyen, on profite de l’occasion pour poser des questions ou suggérer des choses.

À chaque fois, c’est pareil. L’élu ou l’attaché de presse nous regarde de façon condescendante et exaspérée.

-C’est plus compliqué que ça. Vous ne savez pas tout. Vous ne pouvez pas comprendre. Les élus ont besoin de faire leur travail. C’est pour votre bien.

Finalement, nous sommes les aveugles de nos élus les chiens-guides. Et je vois ces leaders, pauvres victimes en croix, lever les yeux au ciel en implorant le Tout Puissant : Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils sont…

La politique, tout comme la finance, doit une bonne partie de sa survie et de sa prospérité à une sorte d’ésotérisme où seuls les initiés comprennent les enjeux fondamentaux. On nous infantilise le plus possible et on complique le message au maximum… assez pour que le citoyen moyen se désintéresse de la chose et ne s’oppose pas ou à tout le moins, ne se mobilise pas.

Mais c’est pour notre bien collectif qu’on ne nous consulte pas. Ces gens en sont convaincus. Ils sont en mission. C’est extrêmement grisant pour l’égo de présider aux destinées d’une société, d’être un visionnaire.

-Faites-moi confiance. Je sais, vous ne voyez rien mais moi, je vois… je suis la voie, la vérité et la vie.

Et ces visions ne sont pas des camions à ordures passent à l’heure, une réfection routière rapide ou un fardeau fiscal moins élevé pour les citoyens. On voit plutôt un tramway, un énorme amphithéâtre, un immense festival, un réaménagement tel que son ampleur et son coût vaudront à son initiateur une belle statue… ou une plaque… on s’entend-tu pour un parc à son nom?

On crée des situations d’urgence où nos amis des firmes privées n’auront pas le choix de venir en renfort à notre équipe toujours débordée.

Timing is everything.

Mais bien malheureux celui qui osera questionner tout ça, pauvre quérulent étiqueté qu’il deviendra, voire même complotiste. On se donne les coudées franches en entretenant une culture de l’ignorance pour garder les citoyennes et citoyens dans le flou procédural et technique. Pourtant, le pouvoir sait exactement et précisément où il s’en va et ce qu’il fait… comme un arracheur de dents.

Informer les gens, leur expliquer les situations avec empathie et pédagogie, est-ce trop demander? Est-ce exagéré d’avoir le droit de savoir ce qui se passe et pourquoi, sans se faire mépriser et traiter de déconnecté? Après tout, qui paye pour ça?

NOUS.