LES COUDÉES FRANCHES ?

Des élections au dénouement inattendu ont eu lieu à Québec en 2021. D’abord donnée gagnante par plusieurs sources, Marie-Josée Savard a finalement dû s’avouer vaincue face à Bruno Marchand, coiffée in extremis par moins de 1%.

Ce jour-là, selon Wikipedia, 45,19% de population inscrite à la liste électorale s’est exprimée, une baisse de 5,5% par rapport à l’élection précédente.

Donc, avec 32,32% de 45,19%, soit 59 567 voix, le gagnant héritait du chéquier de la Ville et avait ce qu’on appelle les coudées franches pour aller de l’avant dans différents projets dont celui du coûteux et controversé tramway pour lequel les citoyennes et citoyens de Québec n’ont jamais été formellement consultés.

Faux!, vous répondront les uns, considérant que 64,24% des votants ont appuyé des formations pro-tramway. Oui… 64,24% de 45,19%, ce qui donne 44% des votes exprimés et 28,7% des gens inscrits sur la liste électorale.

Oui, 28,7% des électeur semblent avoir légitimisé le projet de tramway qui coûtera 678 millions à la Ville, 4 milliards au Québécois et 1,44 milliards aux Canadiens… et une contribution toujours inconnue de la part de CDPQ Infra. Mais on parle grosso modo d’un total de 7,6 milliards.

28,7%, 118 395 personnes qui ont vraiment un super pouvoir : celui de faire mettre la main dans leur poche à plus de 40 millions de personnes.

En 2025, c’est ce qu’on appelle la démocratie et avoir les coudées franches.

Cette étrangeté s’explique. Avant les fusions, la région de Québec, comme bien d’autres, était constituée de petites villes regroupées à l’intérieur de la Communauté urbaine de Québec, un genre d’ONU municipal. Les petites villes géraient la petite semaine et la population en général voyait peu d’enjeu à se prononcer sur l’heure de la collecte des ordures ou le nombre de tracteurs qui effectueraient le déneigement. Mais même à cette époque, dès que l’ambition dépassait un peu les attentes des citoyens, la controverse s’installait, on n’a qu’à penser au coûteux hôtel de ville de Sainte-Foy.

Depuis 2001, tout a changé. La nouvelle ville a vu sa capacité d’investir décuplée et avait enfin les moyens de ses ambitions, représentant maintenant plus d’un demi-million de personnes.

La gestion démocratique n’a pas vraiment suivi, se contentant de faibles suffrages, d’un minimum pour la représentation citoyenne et dans ce cas, tout le monde est à blâmer, les élus comme les citoyens.

Accepter d’utiliser la carte de crédit de 550 294 personnes (l’ensemble des citoyens) avec le feu vert de seulement 59 567 personnes, soit 10,8%, vous trouvez ça normal?

Ainsi va la vie… Vraiment?

Mettre fin à cette apathie et faire réaliser aux gens que notre vote a d’énormes conséquences sur un demi-million de personnes, ça vous parle?

Moi, oui.

Augmenter la participation citoyennes est certes un défi mais en attendant, nos élus peuvent-il cesser de croire que de se sauver avec la victoire avec un faible pourcentage des votes exprimés signifie avoir les coudées franches et justifie le refus de voir les citoyennes et citoyens s’exprimer et se prononcer sur de coûteux enjeux en cours de mandat?

Nous avons une grande ville maintenant. Arrêtons de la gérer comme un village.

Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Élections_municipales_de_2021_à_Québec